Paris, 8 mars. Alors que la COVID-19 menace des décennies de progrès réalisés en termes de réduction de la pauvreté et des inégalités de genre dans le monde, notre campagne Education For Women Now développe une solution innovante au Laos, en Asie du Sud-Est, faisant de l’éducation une voie vers l’autonomisation des femmes.

Avant la crise de COVID-19, 132 millions de filles étaient exclues de l’école dans le monde. Selon l’UNESCO, à présent, la crise menace d’en exclure 11 millions supplémentaires, les privant de leur droit à l’éducation. Dans le même temps, ce problème est aggravé par une flambée des mariages d’enfants dans le monde.

Au Laos, avant la pandémie, 9% des femmes étaient mariées à 15 ans, tandis que 35,4% l’étaient à 18 ans. Ce chiffre est nettement supérieur à la moyenne mondiale de 20% et pourrait augmenter à mesure que la crise de COVID-19 se poursuit. Des rapports alertent sur le fait que 25 ans de progrès pour mettre fin à la pratique du mariage des enfants risquent d’être inversés, car la crise expose 2,5 millions de filles supplémentaires dans le monde au risque de mariage précoce d’ici 2025.

Le mariage précoce est souvent considéré comme la seule option pour les filles des régions isolées du Laos en raison de croyances culturelles traditionnelles, en particulier parmi les communautés ethniques minoritaires. Ces dynamiques de genre se reflètent dans le système éducatif où les femmes ont deux fois plus de risque que les hommes de ne pas être scolarisées et 21% des femmes adultes ont été recensées par le gouvernement comme n’ayant pas de niveau d’instruction, contre 10% des hommes adultes.

Pour Education For Women Now, l’éducation est synonyme d’autonomisation et de développement pour son propre avenir. Au Laos, notre campagne, soutenue financièrement par  le fonds L’Oréal pour les femmes – un fonds de dotation caritatif créé par le Groupe L’Oréal pour soutenir les femmes vulnérables  – développe un projet de leadership et d’entrepreneuriat pour les jeunes femmes des minorités ethniques au Laos.

Le projet est conçu pour atteindre celles qui n’ont jamais eu la possibilité de terminer leurs études et celles qui risquent actuellement de décrocher. Nous travaillons avec des communautés où les barrières physiques, structurelles et sociales associées aux croyances et attitudes traditionnelles liées au genre ont contribué à réduire l’importance accordée à l’éducation des filles. Cela conduit généralement les filles à se marier jeunes et à ne pas terminer l’école.

En 2020, la phase pilote du projet nous a permis d’atteindre 22 participantes dans deux villages de la province de Vientiane, qui abritent principalement des ethnies Hmong et Khmu où il existe de fortes divisions des rôles traditionnels entre les sexes et des désavantages en matière d’éducation. En tirant les enseignements de cette phase et nous appuyant sur son succès, nous allons désormais pouvoir accompagner 860 femmes âgées de 15 à 35 ans, au cours des quatre prochaines années. De la formation sur la manière de postuler à un emploi à la création d’une start-up, notre objectif est d’améliorer les compétences sociales, comportementales et entrepreneuriales des femmes appartenant à des minorités ethniques dans la province d’Odomxay.

Onglao, 23 ans, a lancé sa propre entreprise dans son village après avoir participé au projet en 2020. Onglao vend maintenant des biscuits au lotus à sa communauté, alors qu’elle n’aurait jamais imaginé avoir un jour la confiance ou l’opportunité de le faire avant le projet.

«La plupart des filles ici abandonnent l’école prématurément pour se marier, puis elles vont travailler dans l’une des usines de Vientiane ou travailler à la ferme – j’étais l’une de ces filles», a déclaré Onglao.

En offrant aux participantes un mentorat dans la conception et la mise en œuvre de créations d’entreprises en adéquation avec les besoins de leur communauté, notre projet cherche à déconstruire les normes de genre qui maintiennent les filles dans des travaux agricoles, domestiques et des activités modestes ou non rémunérées.

Bounmy Kayong, directeur adjoint du Bureau de l’éducation et des sports du district de Feuang, a noté que les communautés impliquées dans notre projet pilote parvenaient davantage à gagner leur vie et il a souhaité voir des projets comme celui-ci atteindre d’autres villages. «Étendre cette activité à d’autres villages profitera à d’autres femmes et augmentera leurs sources de revenus et leurs opportunités d’emploi», a-t-il déclaré.

Ce projet, qui a commencé avec un périmètre limité, prend aujourd’hui une ampleur bien plus importante selon certaines personnalités des communautés.  Il a permis une prise de conscience concernant l’importance de créer des opportunités pour les jeunes femmes. Ainsi, elles auront d’autres choix que le mariage précoce, l’agriculture ou le travail domestique non rémunéré. De plus, il apparaît évident que de telles options peuvent profiter aux communautés toutes entières.

Alors que la COVID-19 plonge l’éducation et l’égalité de genre dans un état d’urgence, nous sommes prêts à répondre au défi en encourageant le développement d’une main-d’œuvre qualifiée et en permettant l’inclusion des femmes dans l’éducation, les entreprises et la société en général.


Christine Redmond

Crédits photos: Christine Redmond

—–

#EducationForWomenNow

#WomenEmpowerment

#EducationMatters